Arrestations à Copenhague
Voilà un point sur les nombreux abus (manifestations, interdiction d’accès aux conférence…) qui ont été commis à l’encontre des militants et des associations présents à Copenhague, et qu’il importe de faire connaître.
- Les manifestants venus par bus ont été contrôlés à de nombreuses reprises (suspension des accords de Schengen), fouillés individuellement, leurs passeports et pièces d’identité ont été photocopiés (nous sommes donc fichés !). Certains bus ont été retenus pendant 3h, d’autres 4h.
- Lors de la manifestation du 12 décembre, la police a coupé la manifestation avec des fourgonnettes et des chiens, pour bloquer une partie du cortège, sans qu’il y ait eu aucun provocation. Ainsi 968 manifestants pacifistes, appartenant à diverses organisations, ont été séparé et isolée du reste de la manifestation, et obligés d’attendre plusieurs heures dans le froid, menottés, détenus au total pendant 8h30 sans qu’aucune explication ne soit donnée, et finalement, sauf pour trois d’entre elles, relâchés sans rien à leur charge. Des militants du collectif ont assisté à l’arrivée de la police et se seraient trouvés dans les personnes arrêtées à quelques minutes près. Le réseau CJA a ouvert une pétition pour protester contre ces arrestations : http:// www.climate-justice-action.org/news/2009/12/15/petition-stop-danish-police-abuses-against-peaceful-climate-protesters/. Un témoignage précis suit.
- Il y a eu également des arrestation le lundi 15 décembre : http://www.attac.org/fr/blogs/pierreberlin/7-12-2009/cop15-manifestation-frappons-la-production-r%C3%A9ponse-de-la-police. Lors de l’action pacifiste du 16 décembres, des militants ont été arrêtés et matraqués, voir les vidéos : http://www.attac.org/fr/blogs/aiouto/3-12-2009/vid%C3%A9os-copenhague-la-police-bloque-violemment-la-manifestation-pacifique-du.
- Les délégués officiels de pays du sud (notamment Bolivie) voulant rejoindre les manifestants ont également été malmenés par la police : http://www.climate-justice-action.org/news/2009/12/16/police-beat-ngo-delegates-trying-to-join-protest-outside-cop-15/
- Suite à une action des Jeunes Amis de la Terre pour la justice climatique, les Amis de la Terre International ont été interdits d’accès à la conférence des Nations Unies, sans avertissement ni explication.
- L’un des porte parole du réseau CJA, Tadzio, a été arrêté préventivement lundi pour incitation à troubles à l’ordre public alors qu’il sortait de la conférence des Nations Unies. Il vient d’être relâché puisque aucune charge contre lui n’a pu être retenue. Pour demander la libération des autres « prisonniers climatiques », signez la pétition : http://www.petitiononline.com/Tadzio/petition.html. Au total il y aurait eu 1500 arrestations durant tout le sommet.
- Les désobéissants en France avaient organisé un bus roulant à l’huile végétale recyclée, aux émissions de CO2 réduites. La police danoise a confisqué l’huile en disant que cela pouvait servir à faire des explosifs, et ne la rendra que le 22 décembre alors que le retour était prévu pour le 17 décembre (http://localeyes.dk/article5217.html)
D’autre part, 18 désobéissants ont été renvoyés en France par avion (!) suite à une action pacifiste lors d’une rencontre de politiques avec les lobbies industriels
Quelques liens :
Le Monde: Copenhague : polémique après les nombreuses arrestations
MediaPart: A Copenhague, des arrestations en nombre
The Guardian: Activists reveal tactics used by police to ‘decapitate’ Copenhagen climate protests
Lettre de deux manifestants britanniques témoignant de leurs arrestations le 12 décembre.
Madame, Monsieur,
Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous rendre compte des événements qui ont eu lieu le samedi 12 décembre à Copenhague. Nous nous sommes rendus à Copenhague avec l’association Christian Aid, et nous avons fait partie des 968 personnes arrêtées alors que nous participions à une manifestation pacifiste pour le climat. Nous pensons que l’intervention de la police a été abusive et sans doute illégale, et cette lettre vous donnera notre version de ce qui s’est passé dans un ordre rigoureusement chronologique.
· La détention des manifestants a commencé à 15h alors qu’il n’y avait manifestement aucune provocation. Les forces de police se sont déployéee rapidement pour encercler les manifestants.
· Cette intervention était manifestement planifiée. La police a dit au cortège de l’association Christian Aid, qui suivait le petit groupe des Anarchistes, de s’arrêter. La police s’était placée dans des positions telles qu’ils ont pu bloquer la rue avec des fourgonnettes.
· Une partie de la manifestation a ainsi été séparée et isolée du reste, sans qu’il ait été fait aucune distinction entre les manifestants.
· La police nous a obligé à attendre pendant une heure et un quart sur cette petite zone que nous n’étions pas autorisé à quitter. Aucune explication ne fut donnée de notre détention.
· Finalement la police a commencé à arrêter les individus, les uns après les autres. Ils ne donnaient toujours aucune explication de ce qui se passait, et on ne nous a pas dit nos droits, ni même que nous étions sous le coup d’une arrestation – nous avons juste été menotté et détenus de force.
· Parmi les détenus il y avait des membres du mouvement religieux Hare Krishna. Ces moines étaient clairement non impliqués dans quelque activité violente que ce soit et leur arrestation était un exemple flagrant de la tactique aveugle et non ciblée de la police danoise.
· Les manifestants ont été mis délibérément dans des positions pénibles avec les mains menottées dans le dos et les jambes étendues devant nous. Une telle position était douloureuse pour les jambes et les bras et poignets.
· Nous avons été maintenus dans cette position dehors dans un froid glacial pendant quatre heures.
· Seul un petit nombre de ceux qui avaient besoin d’aller aux toilettes y furent autorisés et pour certains durent alors attendre jusqu’à une heure. Certaines personnes ont du faire sur eux même. L’accès aux toilette fut refusé par par esprit vindicatif plutôt que pour des raisons pratiques.
· Les manifestants n’eurent pas d’eau à boire.
· Les températures gelaient et nous n’étions pas autorisés à bouger pour nous réchauffer. Certains manifestants n’avaient pas de veste ni de gants et on ne leur donna pas de couverture.
· Beaucoup de personnes étaient visiblement dans un état de détresse – en pleurs, paniquées…
· L’accès aux médias était limité et parfois interdit. Ceux-ci étaient largement absents dans la zone de détention, probablement pour que la version de la police ne soit pas contredite. Je n’ai vu qu’un caméraman et j’ai tenté de m’entretenir avec lui pour lui expliquer ce qui se passait. Un policier est venu et l’a tenu éloigné, à une distance d’environ 10 mètres. J’ai du crier pour lui faire entendre ce que j’avais à dire.
· Quand les habitants des immeubles avoisinants commencèrent à manifester leur soutien aux détenus (en criant des slogans etc.), la police pénétra à l’intérieur des immeubles pour les faire arrêter.
· La police fut incompétente et mal organisée. Les bus pour amener les manifestants aux centres de détentions mirent plusieurs à arriver.
· La police avait la main lourde quand elle déplaçait les détenus
· Beaucoup de personnes demandèrent à avoir leur menottes ré-ajustées, car elles étaient trop serrées et douloureuses. La police refusa.
· La police ignora d’une façon générale les tentatives pour engager le dialogue avec eux et essayer d’obtenir des réponses à nos questions.
· A AUCUN MOMENT ON NE NOUS A EXPLIQUE LES RAISONS DE NOTRE ARRESTATION NI DIT NOS DROITS
· Finalement nous avons été rassemblés dans des bus et conduits au centre de détention. Comme nos mains étaient menottées dans nos dos nous ne pouvions mettre les ceintures de sécurité. En cas d’accident certaines personnes auraient été gravement blessée.
· Dans les bus, on nous donna à boire dans des quantités extrêmement limitées. Aucune nourriture ne fut donnée.
· Dans le bus de Liam, un officier de police gifla un manifestant au visage. Il refusa ensuite de donner son nom et son numéro malgré des demandes répétées. Les autres officiers de police refusèrent également de révéler le nom et le numéro de leur collège.
· Quand ils prirent l’identité des détenus, des officiers de police le firent de façon vindicative et sournoise, par exemple, en s’adressant à une fille, un officier de police lui demanda en lui riant au nez : « Quel est ton sexe ? ».
· Dans le bus de James, une fille s’est plainte d’avoir « extrêmement mal aux bras ». L’officier de police répondit : « Je ne pense pas que tu sois la seule » et ne fit rien pour résoudre le problème.
· Quand les détenus du bus de Liam furent relâchés, il n’y avait pas assez de copies du document qui explique comment porter plainte. La moitié des détenus furent laissés sans qu’on leur ait donné aucune explication sur la procédure à suivre pour porter plainte.
· Alors que nous approchions la fin de notre détention , nous avons été informés que nous serions relâchés sans rien à notre charge. En dépit de cela, les officiers de police dans le bus de James refusèrent d’enlever les menottes comme il leur était demandé, afin de rendre nos positions moins inconfortables.
· Nous avons finalement été libéré à 23h30, après 8h30 de détention. Sur les 968 personnes arrêtées, 965 furent relâchées sans rien à leur charge car elle n’avaient rien fait qui puisse leur être reproché.
Au nom de la démocratie et des libertés civiles, il est impératif de rendre compte correctement de ces événements. Le nombre extrêmement important d’arrestations gratuites et sans doute illégales a sapé une manifestation profondément pacifique et constitue une violation des droits fondamentaux. Ces événements ont été mal rapportés par la plupart des média qui ont généralement relayé la version très complaisante de la police danoise.
Nous espérons que vous pourrez nous aider à susciter une prise de conscience sur ces enjeux graves, et à faire pression sur le gouvernement britannique afin de former une plainte officielle à l’encontre du gouvernement Danois sur le traitement des citoyens britannique.
Sincèrement,
Liam Raftery et James Davies,


